
Avec son film « La villa Santo Sospir », Jean Cocteau nous emmène en visite dans la villa d’une amie qu’il a décorée. Dans un élan maïeutique que l’on retrouve également dans les films de Charles et Ray Eames, Jean Coteau dénote au travers d’astuces visuelles et cinétiques, le processus de son intervention sur les murs de la villa. Dans la lignée des praticiens de fresques, mosaïques, graffitis ou autres empreintes, Jean Cocteau s’emploie aux « tatouages » des murs de la villa Santo Sospir. On y retrouve ainsi son vocabulaire mythologique qui dialogue avec l’environnement dans lequel il s’inscrit. À partir de sujets académiques, Cocteau introduit des expressions aux personnages procurant une énergie particulière aux différents espaces, galeries, chambres et anti-chambres de la maison. Par sa poésie, la Villa Santo Sospir devient corps, âme et esprit.
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Dans les domaines des arts appliquées la notion de relation doit être prise en considération dans l’élaboration de projets. Mais j’aime particulièrement me nourrir de références où l’artiste provoque des relations inattendues parfois sauvages ou factices. Ces dernières incitent à nous interroger au rapport individuel ou collectif que l’on entretient avec nos environnements – des espaces publics, domestiques, culturels ou spirituels – et avec nos médiums de communication – langage, mots, images, peinture, vidéo, télévision, etc.
Concevoir des objets ou des environnements, c’est considérer leurs relations aux différentes échelles du praticable. On assigne souvent la pratique du designer à une échelle restreinte de conception. Même si cela peut être une qualité, je ressens souvent une incompréhension, de la part de mes potentiels collaborateurs, quand ils découvrent les réalisations auxquelles j’ai pu participer. Parce que ces dernières se situent dans des champs d’interventions très différents, ils ont du mal à cerner la démarche de mon travail, on ne sait pas où me caser ni comment me définir. D’ailleurs mon ancien employeur, architecte, ne comprend toujours pas l’intérêt que je porte à mettre en pratique mes compétences de designer dans le domaine de l’information et des médias numériques. J’ai toujours évité de me spécialiser. C’est un défaut, je l’admets, car c’est un choix personnel et professionnel qui m’empêche parfois de persévérer dans les enjeux qu’induit une pratique spécifique. Pourtant, mes préoccupations sont, il me semble, pleines de convictions. À cet égard, je pense que en tant que concepteur, l’enjeu de ma profession réside dans ma capacité à faire interagir et mettre à l’épreuve une proposition dans le contexte où elle s’inscrit, et même concevoir à partir des multiples facteurs auxquels objets, espaces ou supports de communication peuvent être mis en relation. Pour aboutir à des réponses formelles qui ont du sens et de l’accessibilité dans leurs usages, je dois réfléchir à la relation. Voilà comment je me définis et en quoi consiste mon travail : penser la relation que l’on a aux choses, penser la relation de ces dernières dans le paysage dans lequel elles vont s’articuler. Pour cela je me convertis souvent en utilisateur, spectateur ou visiteur, je me place dans une situation d’expérimentation. Je convoque tous mes outils sensoriels et fonctionnels pour comprendre les choix d’une couleur, d’un matériau, d’un agencement, d’un équilibre.


Pour différents prétextes, je suis allée visiter un bon nombre de fois la Villa Savoye, à Poissy, construite par Le Corbusier. Si à l’époque cette réalisation a pu bouleverser les codes traditionnels de l’habitat, elle représente aujourd’hui de mon point de vue une référence exemplaire, en terme de justesse et d’intégrité dans sa formalisation. Parcourir ce lieu, prendre un bain de soleil sur la terrasse d’été, pique-niquer dans le jardin, simuler par défaut des gestes domestiques dans la cuisine, s’allonger dans la salle de bain, confirme bien la vocation de cette architecture fonctionnelle dont les proportions s’ajustent à nos gestes culturels ; et c’est ainsi peu dire puisque son concepteur la désigne comme une « machine à habiter » et même une « machine à émouvoir »… Mais l’architecte ne s’est pas focalisé que sur cette relation essentielle entre l’homme et son habitat, la relation nature-architecture y est également très présente, tout comme la nécessité de définir autant d’espaces ouverts sur l’extérieur et sa luminosité que d’espaces de replis pour que l’habitant puisse jouir de son intimité.


Dans une autre dimension culturelle et spatiale, la Casa da Musica de Porto, construite par Rem Koolhaas, est une sorte de cité de la musique de la ville portugaise flanquée entre tradition et modernité. Dès le premier jour de mon séjour à Porto, j’ai eu la chance d’obtenir pour la modique somme de 10 euros, la dernière place pour le récital d’Andreas Scholl se déroulant dans salle principale des concerts de la Casa. Indépendamment de l’éblouissante performance que Andreas nous révèle avec ses mimiques automates du 17ème siècle (c’était un répertoire d’Haendel), le sublime de l’espace architectural participe à la béatitude de ma conduite pendant le spectacle. Outre le décorum éclatant de dorures avec l’inclusion élégante d’un orgue rococo dans les parois ajourées de motifs contemporains et la qualité acoustique exceptionnelle de la salle, j’expérimente sidérée et pour la première fois de ma vie, un spectacle de musique classique accompagné de la lumière du jour. La salle est dotée d’une fenêtre en verre ondulé donnant sur l’extérieur, tournée vers le ciel. Par la suite j’ai pu voir d’autres spectacles dans ce lieu et ses différentes salles se prêtent superbement à toutes sortes d’événements. 
Malgré sa géométrie minérale, la Casa s’implante de manière assez évidente dans l’espace urbain, et, située à la périphérie de la ville sur la rotonde de la Boavista, elle est une des étapes culturelles à visiter avant le Goethe Institut et le musée-jardin d’art contemporain Serralaves construit par Alvaro Siza. D’autre part l’architecte a su très bien réutiliser les azulejos anciens dans ce bâtiment en proposant des terrasses et des espaces de point de vue à la Portugaise sans négliger cette nécessité de bouleversement qu’opère la modernité. Si les skateurs ont épousé les courbes du terre-plein de la Casa, je reste cependant sceptique quant à la relation qu’elle peut occasionner pour son entretien. Si un jour il faudra ravaler la façade, comment l’échafaudage va-t-il se greffer aux parois anguleuses ? L’architecte a-t-il prévu dans ses clauses techniques cette possibilité ? Pas sûr, car quand j’observe la femme de ménage qui ne dispose que de sa maigre serpillière pour nettoyer l’escalier monumental de l’entrée, je me mets à penser à cette relation que l’homme entretient avec son environnement et surtout à l’implication des concepteurs, designers ou architectes à prendre en considération de genre de relation. La suite au prochain épisode…







Héréditairement maniaque, 2% de mes journées sont consacrées exclusivement au rangement d’effets personnels que j’accumule : livres, cahiers, papiers, dessins, bricolages, etc. Régulièrement, pour assouvir mes pulsions obsessionnelles de perfection organisationnelles, je repense la hiérarchie de ces éléments : par typologies, ordre alphabétique ou encore par centre d’intérêt du moment… Cela se traduit par des paquets de papiers et de livre sur la table ou encore une sélection de livre à mon chevet. Constatant avec surprise un nombre important de cahiers, j’entreprends donc l’organisation méthodique par typologie de ces derniers. Je remarque ainsi une récurrence : en comptant mon google agenda, je possède 4 agendas pour l’année 2009. D’autres agendas plus anciens sont également conservés. Ils sont le plus souvent supports de notes et de contacts à ne pas oublier. Je n’ai jamais réussi à tenir d’agenda, le comportement « agenda » ne fait pas partie du vocabulaire de mes actions. Cependant je fantasme toujours sur cette capacité à remplir des cases vides. Peut-être le phénomène muji / moleskine y est aussi pour beaucoup. Mais je ne désespère pas. En attendant j’achète ou me fait offrir des agendas. Leurs trames de planification sont toutes différentes selon les marques. Elles laissent apparaître des vides aux formes variées que j’aime garder tels quels.