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Sur la photo, j’ai 17 ans et cela se passe pendant ma semaine d’intégration de rentrée à l’ENSCI. Je m’apprête à jouer avec mes amis Nounja et Sylvain une petite pièce de théâtre accompagnée de la musique « 2001 l’odyssée de l’espace » et de « La Banana » de Bobby Lapointe. Cet exercice nous était imposé dans le but de fait connaissance avec toutes les personnes de l’école. J’avais donc 17 ans, et c’était le début d’une grande aventure industrielle, amoureuse et intellectuelle. Aujourd’hui je me suis levée tôt pour préparer un gâteau au chocolat pour l’anniversaire de mon petit frère Timour. C’est lui qui a 17 ans maintenant. Déjà, si grand et si beau ! En réalité son anniversaire c’est le 12 mars, mais il préfère le fêter aujourd’hui avec sa famille car la semaine prochaine il souhaite inviter tous ses amis. Malgré toutes les complications familiales que Timour a pu subir ces dernières années, je suis admirative de son calme et sa force. Le concernant j’ai beaucoup d’intuitions positives pour son devenir. Depuis qu’il est petit, Timour dessine des cartes pour mon plus grand bonheur, et aujourd’hui il fait un Lycée d’arts appliqués, mais avec beaucoup de difficultés. Peut-être que la fibre artistique qui est en lui à du mal a émerger, Timour étant un jeune garçon extrêmement politisé et engagé, il se laisser souvent disperser par ses idées et ses convictions au détriment des productions graphiques et écrite qu’on lui impose à l’école. Mais c’est de son âge, et je suis d’ailleurs comme lui. Il trouvera sa place quelque part, j’en suis sûre, là où son intelligence, son attitude passionnée et son désir d’exister pourront pendre effet et construire son indépendance. « Valse avec Bachir » sera donc le cadeau approprié pour mon frère.
Aujourd’hui, c’est donc dimanche, et j’ai cette petite sensation de renaissance, Timour à 17 ans, Antonin commence une grande réflexion par la fin, avec son mémoire « finir la musique » dont vous pouvez suivre les grandes lignes sur son blog fraîchement créé et mardi, je rejoins avec un immense plaisir l’équipe de Giuseppe Attoma, avec de nouvelles tâches et de nouveaux enjeux à accomplir.

Avec son film « La villa Santo Sospir », Jean Cocteau nous emmène en visite dans la villa d’une amie qu’il a décorée. Dans un élan maïeutique que l’on retrouve également dans les films de Charles et Ray Eames, Jean Coteau dénote au travers d’astuces visuelles et cinétiques, le processus de son intervention sur les murs de la villa. Dans la lignée des praticiens de fresques, mosaïques, graffitis ou autres empreintes, Jean Cocteau s’emploie aux « tatouages » des murs de la villa Santo Sospir. On y retrouve ainsi son vocabulaire mythologique qui dialogue avec l’environnement dans lequel il s’inscrit. À partir de sujets académiques, Cocteau introduit des expressions aux personnages procurant une énergie particulière aux différents espaces, galeries, chambres et anti-chambres de la maison. Par sa poésie, la Villa Santo Sospir devient corps, âme et esprit.
Je vous invite donc à consulter ce film sur le site ubuweb, un site indépendant génial qui archive des films, des vidéos, des interviews, et des bandes son, d’artistes d’avant-garde.
Dans les domaines des arts appliquées la notion de relation doit être prise en considération dans l’élaboration de projets. Mais j’aime particulièrement me nourrir de références où l’artiste provoque des relations inattendues parfois sauvages ou factices. Ces dernières incitent à nous interroger au rapport individuel ou collectif que l’on entretient avec nos environnements – des espaces publics, domestiques, culturels ou spirituels – et avec nos médiums de communication – langage, mots, images, peinture, vidéo, télévision, etc.
Concevoir des objets ou des environnements, c’est considérer leurs relations aux différentes échelles du praticable. On assigne souvent la pratique du designer à une échelle restreinte de conception. Même si cela peut être une qualité, je ressens souvent une incompréhension, de la part de mes potentiels collaborateurs, quand ils découvrent les réalisations auxquelles j’ai pu participer. Parce que ces dernières se situent dans des champs d’interventions très différents, ils ont du mal à cerner la démarche de mon travail, on ne sait pas où me caser ni comment me définir. D’ailleurs mon ancien employeur, architecte, ne comprend toujours pas l’intérêt que je porte à mettre en pratique mes compétences de designer dans le domaine de l’information et des médias numériques. J’ai toujours évité de me spécialiser. C’est un défaut, je l’admets, car c’est un choix personnel et professionnel qui m’empêche parfois de persévérer dans les enjeux qu’induit une pratique spécifique. Pourtant, mes préoccupations sont, il me semble, pleines de convictions. À cet égard, je pense que en tant que concepteur, l’enjeu de ma profession réside dans ma capacité à faire interagir et mettre à l’épreuve une proposition dans le contexte où elle s’inscrit, et même concevoir à partir des multiples facteurs auxquels objets, espaces ou supports de communication peuvent être mis en relation. Pour aboutir à des réponses formelles qui ont du sens et de l’accessibilité dans leurs usages, je dois réfléchir à la relation. Voilà comment je me définis et en quoi consiste mon travail : penser la relation que l’on a aux choses, penser la relation de ces dernières dans le paysage dans lequel elles vont s’articuler. Pour cela je me convertis souvent en utilisateur, spectateur ou visiteur, je me place dans une situation d’expérimentation. Je convoque tous mes outils sensoriels et fonctionnels pour comprendre les choix d’une couleur, d’un matériau, d’un agencement, d’un équilibre.


Pour différents prétextes, je suis allée visiter un bon nombre de fois la Villa Savoye, à Poissy, construite par Le Corbusier. Si à l’époque cette réalisation a pu bouleverser les codes traditionnels de l’habitat, elle représente aujourd’hui de mon point de vue une référence exemplaire, en terme de justesse et d’intégrité dans sa formalisation. Parcourir ce lieu, prendre un bain de soleil sur la terrasse d’été, pique-niquer dans le jardin, simuler par défaut des gestes domestiques dans la cuisine, s’allonger dans la salle de bain, confirme bien la vocation de cette architecture fonctionnelle dont les proportions s’ajustent à nos gestes culturels ; et c’est ainsi peu dire puisque son concepteur la désigne comme une « machine à habiter » et même une « machine à émouvoir »… Mais l’architecte ne s’est pas focalisé que sur cette relation essentielle entre l’homme et son habitat, la relation nature-architecture y est également très présente, tout comme la nécessité de définir autant d’espaces ouverts sur l’extérieur et sa luminosité que d’espaces de replis pour que l’habitant puisse jouir de son intimité.


Dans une autre dimension culturelle et spatiale, la Casa da Musica de Porto, construite par Rem Koolhaas, est une sorte de cité de la musique de la ville portugaise flanquée entre tradition et modernité. Dès le premier jour de mon séjour à Porto, j’ai eu la chance d’obtenir pour la modique somme de 10 euros, la dernière place pour le récital d’Andreas Scholl se déroulant dans salle principale des concerts de la Casa. Indépendamment de l’éblouissante performance que Andreas nous révèle avec ses mimiques automates du 17ème siècle (c’était un répertoire d’Haendel), le sublime de l’espace architectural participe à la béatitude de ma conduite pendant le spectacle. Outre le décorum éclatant de dorures avec l’inclusion élégante d’un orgue rococo dans les parois ajourées de motifs contemporains et la qualité acoustique exceptionnelle de la salle, j’expérimente sidérée et pour la première fois de ma vie, un spectacle de musique classique accompagné de la lumière du jour. La salle est dotée d’une fenêtre en verre ondulé donnant sur l’extérieur, tournée vers le ciel. Par la suite j’ai pu voir d’autres spectacles dans ce lieu et ses différentes salles se prêtent superbement à toutes sortes d’événements. 
Malgré sa géométrie minérale, la Casa s’implante de manière assez évidente dans l’espace urbain, et, située à la périphérie de la ville sur la rotonde de la Boavista, elle est une des étapes culturelles à visiter avant le Goethe Institut et le musée-jardin d’art contemporain Serralaves construit par Alvaro Siza. D’autre part l’architecte a su très bien réutiliser les azulejos anciens dans ce bâtiment en proposant des terrasses et des espaces de point de vue à la Portugaise sans négliger cette nécessité de bouleversement qu’opère la modernité. Si les skateurs ont épousé les courbes du terre-plein de la Casa, je reste cependant sceptique quant à la relation qu’elle peut occasionner pour son entretien. Si un jour il faudra ravaler la façade, comment l’échafaudage va-t-il se greffer aux parois anguleuses ? L’architecte a-t-il prévu dans ses clauses techniques cette possibilité ? Pas sûr, car quand j’observe la femme de ménage qui ne dispose que de sa maigre serpillière pour nettoyer l’escalier monumental de l’entrée, je me mets à penser à cette relation que l’homme entretient avec son environnement et surtout à l’implication des concepteurs, designers ou architectes à prendre en considération de genre de relation. La suite au prochain épisode…


Depuis quelques années le web propulse les individualités et les groupes au partage d’informations, à travers des interfaces et des plateformes, dont l’accessibilité et les moyens de représentation sont toujours plus innovants. Je glane depuis un bon moment toutes sortes de sites ou blogs qui possèdent un aspect graphique ou fonctionnel intéressant. Mes favoris sont ceux qui interrogent, de près ou de loin, la question de la représentation du monde. Outre mon intérêt indéfectible pour les univers et pratiques subversives de la cartographie, il y a d’autres visualisations singulières et tentatives schématiques à découvrir grâce à ce formidable outil qu’est la recherche sur le web.
« Elastic lists demo » est une interface interactive intelligente destinée à la recherche et la consultation des prix Nobel. Cinq listes typologiques (prix/genre/pays/décennie/année) filtrent vos recherches simultanément. Aucun pop-up, ni d’aller-retour de page en page, mais une page unique, comme un tableau de bord, qui s’utilise avec moelleux et fluidité.

« Feltron Eight » est le blog d’un graphiste New Yorkais qui, chaque année, établit un rapport graphique et schématique sur ses activités (le nombre de livres lus ou de miles parcourus en avion, de boissons consommées, etc.). Chaque année, il expérimente des représentations engendrées par ses informations personnelles collectées.

« News map » est une hiérarchisation interactive des titres de la presse dans le monde (malheureusement pas pour tous les pays !). En deux, trois clics, on visualise les gros titres de quotidiens américains, français ou allemands, mais aussi les centres d’intérêts les plus attractifs ou inversement les plus dissipés de cette masse d’information. Les flux d’information sont mis à jour minute par minute et plusieurs layouts de visualisation sont proposés pour le confort de l’œil… à voir donc…






Héréditairement maniaque, 2% de mes journées sont consacrées exclusivement au rangement d’effets personnels que j’accumule : livres, cahiers, papiers, dessins, bricolages, etc. Régulièrement, pour assouvir mes pulsions obsessionnelles de perfection organisationnelles, je repense la hiérarchie de ces éléments : par typologies, ordre alphabétique ou encore par centre d’intérêt du moment… Cela se traduit par des paquets de papiers et de livre sur la table ou encore une sélection de livre à mon chevet. Constatant avec surprise un nombre important de cahiers, j’entreprends donc l’organisation méthodique par typologie de ces derniers. Je remarque ainsi une récurrence : en comptant mon google agenda, je possède 4 agendas pour l’année 2009. D’autres agendas plus anciens sont également conservés. Ils sont le plus souvent supports de notes et de contacts à ne pas oublier. Je n’ai jamais réussi à tenir d’agenda, le comportement « agenda » ne fait pas partie du vocabulaire de mes actions. Cependant je fantasme toujours sur cette capacité à remplir des cases vides. Peut-être le phénomène muji / moleskine y est aussi pour beaucoup. Mais je ne désespère pas. En attendant j’achète ou me fait offrir des agendas. Leurs trames de planification sont toutes différentes selon les marques. Elles laissent apparaître des vides aux formes variées que j’aime garder tels quels.





À 7 ans, influencée par mon instituteur, je suis obsédée par tout ce qui a un rapport, littéraire ou imagé, avec les chevaliers de la table ronde, le roi Arthur et le Moyen-Âge. J’accumulais romans, récits, livres d’histoire, chansons populaires et dessins animés, et ma mère m’avait rapporté de Prague pour mon plus grand bonheur des petites figurines de plomb représentant des chevaliers. Aujourd’hui, je n’ai rien gardé de tous ces objets et peut-être aban-donné à d’autres enfants ma folie médiévale. Grâce à mon amie Nounja, j’ai découvert les belles lettres d’Héloïse et Abélard, et je me replonge à présent dans les méandres romanesques du Moyen-Âge.
Après le bain, ma mère me lisait les livres de Roald Dahl et de Pierre Gripari, avec un goût très prononcé pour l’histoire du Prince Pipo, de la princesse Popi et du cheval Pipo, que je lis encore aujourd’hui sans aucune lassitude. « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez, « Les croisades vues par les Arabes » d’Amin Maalouf, sont, avec le Prince Pipo, le chevet de mon sommeil.
Chez ma mère, la télévision était prohibée, et c’est pourquoi avec d’autres voisines, j’ai passé beaucoup de temps chez Jean-Jacques qui prenait grand soin de nourrir nos rêves de petites filles de toutes sortes de films. Il m’a transmis cette passion indécrottable pour les comédies musicales, contes animés, Shadoks et autres énergumènes de ce genre. Jacques Demy était évidemment à l’honneur, mais sans oublier tous les films de claquettes, de danses indiennes et de french can can, qui nous ont inspirées de nombreuses chorégraphies dirigées méticuleusement par Elsa.
Chez mon père, nous avions une petite télé et un poste de musique. Mes soirées du week-end étaient consacrées exclusivement au visionnage et au re-visionnage de Fantômas, Rabbi Jacob et la soupe aux choux, mais aussi à l’écoute jusqu’à endormissement du casse-noisette mais aussi de la voix divine de Fairouz qui me fait encore frissonner. Chez maman, contre-culture oblige, on écoutait des disques : des contes musicaux, avec « Pierre et le Loup » de Gérard Philippe mais aussi « Emilie Jolie », de la musique baroque avec Purcell et Vivaldi, de la musique romantique avec Schubert… Si je pouvais trouver un point commun avec mes parents que tout oppose, c’est bien l’amour qu’ils m’ont transmis pour des types comme De Funès, Bourvil ou Fernandel.
J’ai passé beaucoup temps dans les centres aérés (d’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi ils étaient si aériens…). On allait souvent au cinéma du Zèbre de Belleville, et je garde au cœur le conte de Prévert « Le roi et l’oiseau », un dessin animé aussi étrange que sublime.
Les jeudis c’est la chorale de Claire Caillard. Avec Elsa, on chante à contre-ut et sans port de voix, des chants grégoriens, du Bach et du Mozart. Avec l’accordéon de Michèle, sa maman, on a chanté les chants de la commune dans un jardin et aujourd’hui j’aime encore chanter le temps des cerises et parfois rendre visite à son auteur Jean-Baptiste Clément qui repose au Père-Lachaise.

Nous sommes tous à la recherche de signes visibles de ce qui pourrai, et surtout de ce qui a pu, nous représenter. Les fouilles archéologiques de notre passé surgissent parfois d’elles-même. Pour les besoins iconographiques de mon mémoire (1), j’ai convoqué la mémoire administrative familliale et plus particulièrement les documents figurant, de près ou de loin, le statut de réfugié de mon père. Dans la dédale de cartons et d’enveloppes en papier craft, je trouve un passport syrien attribuant le statut de réfugié palestinien pour ma sœur et moi-même. Moi qui me croyait française administrativement et résolument sans aucun doute, je me découvre une identité de réfugié ! Mon père a-t-il voulu délibérément nous inscrire dans la liste des déracinés?
(1) Murs, lignes, marges. Mémoire de fin d’études sur la frontière, septembre 2007, Paris.